Les métiers de la communication sont aujourd’hui au cœur de reconfigurations profondes, sous l’effet combiné de mutations technologiques (Babashahi et al., 2024), d’injonctions organisationnelles à l’agilité (Balog, 2020), et d’un basculement progressif vers des formes d’industrialisation algorithmique (Deliu & Olariu (2024) mais aussi de questionnements sociaux (Crawford, 2021). L’irruption des intelligences artificielles génératives, prédictives et décisionnelles vient redéfinir la division du travail communicationnel, les référentiels de compétences, les identités professionnelles et la gouvernance des savoir-faire dans ce secteur (Buhmann et Gregory, 2023). Là où les professionnels de la communication, dans la diversité des métiers et fonctions qu’ils.elles exercent, faisaient valoir leurs qualités rédactionnelles et de synthèse, comme aussi leur créativité et leur sens stratégique, quelles compétences peuvent-ils.elles encore revendiquer en regard des fonctionnalités et performances des intelligences artificielles génératives, analytiques ou prédictives ?
Une industrialisation de la communication (Srnicek, 2017), entendue ici comme transfert d’activité à des agents algorithmiques, est-elle effectivement en cours ? Faut-il parler d’une externalisation (ou outsourcing) de la communication, à l’instar des plateformes (ou marketplaces) où croisent des millions de travailleurs indépendants (freelancers) dont les prestations intellectuelles aux entreprises concernent majoritairement, en France, le conseil en communication et/ou le marketing digital, comme aussi le design et la création numérique[1].
Les projections accréditent l’hypothèse d’une accélération très significative de la transformation du travail dont nous voudrions questionner les manifestations et les conséquences sur la professionnalisation des communicateurs.trices. Deux dynamiques simultanées se dessinent : d’une part, une industrialisation accrue des pratiques, fondée sur la standardisation, l’automatisation, la logique de plateforme et la productivité assistée par IA ; d’autre part, des processus de déprofessionnalisation (Evetts, 2005), qui se traduisent par une fragmentation des tâches, la précarisation de certains statuts, la perte d’autonomie ou encore l’émergence d’“experts autoproclamés” (Collins & Evans, 2007; Brown, 2020).
Ce numéro entend donc questionner, à partir de terrains empirique variés, les effets de ces transformations sur les métiers de la communication, en articulant trois axes : (1) les mutations industrielles en lien avec les outils IA ; (2) la redéfinition de la professionnalité et des trajectoires ; (3) la professionnalisation en formation par/avec les outils IA. Il s’agit, surtout, d’interroger le sens d’une industrie dans son rapport au « faire » et sa disjonction (avérée ou non) avec l’artisanat (Caliste & Carnino, 2022) et son ethos (Sennett, 2008) dans les métiers de la communication[2].
Un travail prospectif sur l’externalisation des services en communication, comme sous-traitance d’activités et de tâches antérieurement dévolues à des professionnels (Vallas & Schor, 2020) invite à reconsidérer la division du travail (Durkeim, 1993) et la place de l’acteur dans un système (Crozier & Friedberg, 1977) de dépendance aux « solutions » technologiques que se disputent les fournisseurs d’IA.
Problématique
Comment les IA transforment-elles l’industrie de la communication ? Quels sont les impacts sur les métiers, les compétences, et les processus de production ? Comment les professionnels peuvent-ils s’adapter à ces changements et tirer parti des opportunités offertes par les outils IA ? Ce numéro spécial de Communication & Professionnalisation vise à explorer ces questions et à proposer des pistes de réflexion sur l’avenir de la professionnalisation en communication dans un tel contexte.
Sous la coordination de : Camille Alloing, Alexandre Coutant, Salma El Bourkadi, Valérie Larroche, Julien Pierre
Le numéro 16 de Communication et Professionnalisation interroge les transformations info-communicationnelles en lien avec la plateformisation et le travail des données. Les plateformes, comme les données, sont aujourd’hui des objets nécessaires aux pratiques des spécialistes de la communication et de l’information. Elles participent donc aux reconfigurations de ces métiers et de leurs représentations.
Le terme plateformisation est préféré à celui de plateforme pour souligner la dynamique des activités rédactionnelles, info-communicationnelles et logistiques qu’elles sous-tendent. De même les activités de collecte, de traitement et de diffusion des données sont sous-entendues dans l’expression travail de la donnée.
L’objectif du numéro est d’interroger ce que la centralité prise par la donnée et l’intermédiation des plateformes soulèvent comme enjeux d’évolution des métiers et de formation des communicateurs, des communicatrices et des spécialistes de l’information. Il s’attache aussi à montrer que le travail de la donnée et la plateformisation concernent aussi des personnes extérieures au secteur de la communication qui doivent en acquérir les compétences.
Considérant l’intérêt scientifique que les chercheur.e.s et enseignant.e.s peuvent témoigner aux Intelligences Artificielles Génératives (IAG), notamment en regard de la formation des étudiant.e.s et des doctorant.e.s en communication, comme aussi de leurs usages (présents et à venir), nous avons le plaisir de vous communiquer le programme des rencontres organisées du 8 au 11 avril prochains à Roubaix, titrées « La communication à l’épreuve des IA ».
Dans l’espoir de vous retrouvez du 8 au 11 avril pour ces rencontres inter-universitaires en Communication (lieu : Département Infocom, rue Vincent Auriol à Roubaix), n’hésitez pas à diffuser dans vos laboratoires et réseaux !
No 15 (2024): Les champs professionnels de la communication publique en mutation
Ce numéro traite des mutations de la communication des organisations publiques afin d’appréhender ses caractéristiques contemporaines. À la construction de la représentation de l’action publique et de ses politiques s’ajoutent de nouveaux usages amenant à requestionner la communication publique, c’est-à-dire son rôle et sa professionnalisation. Ses modalités suivent l’accroissement de ses domaines d’intervention. Ses contextes et écosystèmes sont vus à une échelle française, francophone (canadienne, algérienne et congolaise) internationale avec un focus italien, ce qui permet d’en discerner des constances significatives, un isomorphisme normatif par rapport à la France avec des variations particulières.
Ce 14e opus de Communication & Professionnalisation revient, dans une édition spéciale «anniversaire», sur l’ensemble des recherches menées depuis la fondation du RESIPROC et la parution en 2013 du premier numéro de notre revue – désormais bien connue et reconnue par la communauté francophone des chercheuses et chercheurs en sciences de l’information et de la communication qui portent un intérêt aux multiples dynamiques professionnalisantes qui structurent un champ en constante évolution. Cet opus marque ainsi un jalon important dans la philologie de l’objet de recherche du RESIPROC grâce à l’éclairage de regards rétrospectifs, actuels et prospectifs (ré)explorant les enjeux de la professionnalisation en communication. Huit textes portant sur :
les recherches académiques faites en professionnalisation de la communication;
des perspectives américaines, brésiliennes, françaises, belges sur la professionnalisation;
les rôles et les compétences promus et souhaités pour les responsables en communication;
les évolutions des différents métiers;
l’équité, la diversité et l’inclusion;
les mécanismes d’institutionnalisation en communication.
De plus, un travail de synthèse sur l’ensemble des recherches menées dans les pages de Communication & Professionnalisation.
Les éditeurs/éditrices
Dany Baillargeon, professeur agrégé au Département de communication, Université de Sherbrooke, Canada
Valérie Lépine, professeure des universités en Sciences de l’Information – Communication à l’ITIC, Université Paul Valéry Montpellier 3, France
Vincent Brulois, maitre de conférences, Université Sorbonne Paris Nord, France
Plusieurs membres du RESIPROC se retrouvent dans les actes du colloque Org&CO 2024 « Sens, sensible, insensé en communications organisationnelles ». S’étant tenu les 29 et 30 avril 2024, ce colloque a été piloté par Valérie Lépine et Laurent Morillon.
Plusieurs membres du RESIPROC ont lancé, au cours des derniers mois, des ouvrages proposant des regards pratiques, critiques et théoriques sur différentes sphères de la communication professionnelle.
« Au-delà des préconceptions et des représentations de sens commun, que sait-on des réalités du travail de communication et des personnes qui s’en occupent jour après jour ? Qu’en est-il du rôle qu’elles jouent, à petite et à grande échelle, dans la production et la circulation des images, des discours et des représentations qui tissent la trame des espaces publics et qui teintent la vie collective ?
Sans pour autant l’ignorer, la perspective présentée ici s’éloigne de l’approche stratégique et organisationnelle habituellement empruntée en relations publiques (RP). Elle se penche plutôt sur la pratique en tant que phénomène social et sur les enjeux qui l’entourent. Offrant un regard critique ancré dans une approche sociale et culturelle de la pratique des RP, cet ouvrage tente de mieux comprendre les dynamiques qui sont constitutives de la communication publique contemporaine.
Il se divise en deux grands axes. D’abord, l’importance de la présence des RP dans nos sociétés contemporaines, ainsi que les approches critiques et socioculturelles des RP sont explorées. Une analyse de la pratique contemporaine des RP est ensuite proposée.
Le phénomène des relations publiques : regard critique sur la pratique veut offrir aux étudiants et aux étudiantes ainsi qu’aux spécialistes de la communication, mais aussi à l’ensemble du public, des pistes pour mieux comprendre le rôle des RP dans notre société ».
Sous la direction de Nicolas Bencherki, Coline Sénac, Consuelo Vásquez
« Au cours des dernières années, de nombreux chercheurs et chercheuses ont élaboré un ensemble d’approches théoriques (systémiques, fonctionnalistes, interprétatives, critiques ou constitutives) pour penser la communication et rendre compte de son pouvoir organisant. Cependant, la majorité de ces travaux ont été publiés en anglais et peu de ressources existent pour l’enseignement, en français, de ces approches.
Cet ouvrage collectif vient combler ce manque en présentant une application pratique des théories en communication organisationnelle à travers 16 études de cas. Ainsi, l’objectif premier de ce livre est de montrer comment les approches récentes permettent de comprendre les défis auxquels font face les organisations et celles et ceux qui les peuplent et les font vivre.
Les études de cas portent sur une diversité de thématiques, comme le pouvoir et l’autorité, les technologies numériques, la créativité et l’entrepreneuriat, la culture organisationnelle et l’interculturalité, ainsi que l’affect et la souffrance au travail. Celles-ci s’ancrent dans des contextes québécois et francophones, proches de la réalité et des préoccupations des étudiantes et étudiants.
En complément au présent ouvrage, un guide d’enseignement offrant des outils pédagogiques pour l’enseignement de la communication organisationnelle sera fourni sur demande ».
Sous la direction de François Cooren et Marie Reumont
« Qui n’a jamais entendu dire qu’une organisation souffrait d’un « manque de communication » ou qu’une équipe devait « apprendre à mieux communiquer » ? Ces expressions, aussi banales soient-elles, traduisent de réels enjeux liés au rôle clé que joue la communication dans toute forme organisée. Pour s’organiser, c’est-à-dire pour agir collectivement d’une manière minimalement coordonnée et efficace, il faut, en effet, pouvoir communiquer les uns avec les autres afin, entre autres, de partager des informations, convaincre les autres du bien-fondé de notre position, ou encore définir des priorités collectives. Alors que la communication est souvent comprise comme relevant seulement du service des communications d’une organisation, ce manuel montre qu’en fait, il ne peut y avoir d’organisation sans communication. Autrement dit, la communication doit être comprise comme constitutive, c’est-à-dire, essentielle à tout processus organisationnel. Afin d’examiner les tenants et aboutissants de cette thèse originale, les chapitres de ce manuel proposent d’aborder des thèmes classiques du monde organisationnel en mettant de l’avant, à chaque fois, leur dimension communicationnelle. Qu’on parle de culture ou d’identité organisationnelle, de leadership ou de résistance, de collaboration ou de gestion de crise, l’ambition est toujours de montrer comment ces phénomènes et ces pratiques peuvent être repensés en mettant, en particulier, l’échange et l’interaction au coeur de tous ces processus. Au final, ce manuel invite ses lecteurs et ses lectrices à penser la communication au-delà de la simple transmission d’informations en faisant la promotion d’une vision beaucoup plus dialogique de l’organisation ».
L’Association française des managers de la diversité (AFMD) – avec qui le RESIPROC a collaboré à quelques reprises – offre un contrat CIFRE au sein de l’organisation.
Envoi des dossiers avant le 24/08/2024.
L’AFMD est une association d’intérêt général fondée en 2007 par des managers soucieuses et soucieux de gérer au mieux la diversité de leurs collectifs de travail.
Réseau, espace d’échanges et laboratoire d’idées, elle réunit aujourd’hui 185 organisations (entreprises, institutions, collectivités, associations, grandes écoles et universités) mobilisées en faveur d’un cadre de travail inclusif et respectueux de chacun∙e.
L’AFMD et ses membres s’appuient sur les résultats de la recherche scientifique et la pratique quotidienne des professionnel∙les pour travailler sur différentes thématiques en lien avec la transformation des fonctions managériales et la prévention des discriminations en milieu professionnel.
Le partage, l’excellence et l’audace portent les publications et les outils qui sont issus de cette co-construction, ensuite mis à la disposition du plus grand nombre.
L’AFMD compte actuellement 8 salarié·es et souhaite recruter un·e chargé·e d’études et de projets en Conventions Industrielles de Formation par la REcherche (CIFRE), en CDI à temps plein, dont une partie sera consacré à sa recherche doctorale.