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Appel révisé – Colloque international : Le numérique au prisme des pratiques : enjeux théoriques et méthodologiques, UQAM, Montréal, 9-10 mai 2022

APPEL À COMMUNICATIONS *RÉVISÉ*

Colloque international du Laboratoire sur la communication et le numérique (LabCMO)

                                       9 et 10 mai 2022 – Montréal, Québec, Canada

Le numérique au prisme des pratiques : enjeux théoriques et méthodologiques

Pleinement intégré dans la société, le numérique accompagne des transformations importantes dans les mondes du travail, de l’éducation, de la santé, de la culture, de l’économie, et de la vie politique. Elles touchent plus largement les manières de vivre, de travailler, de consommer, de s’informer et d’interagir avec autrui. Ces changements de fond donnent à voir l’émergence de nouvelles pratiques autant qu’ils participent à reconfigurer les pratiques sociales existantes dans lesquelles s’intègrent les technologies et médias numériques. C’est sur l’étude des pratiques sociales en relation avec les dispositifs techniques que ce colloque se penchera pour mieux comprendre les transformations associées à l’essor du numérique dans la société.

Ces transformations ont été jusqu’à présent essentiellement analysées dans une perspective qui place les technologies au coeur de la réflexion, selon deux approches : celle, au niveau macrosocial, de l’étude des impacts de la technologie, et celle, au niveau microsocial, de l’étude de leurs usages. Ce colloque invite à suivre une troisième approche en mettant les pratiques sociales, culturelles, professionnelles, scientifiques, etc., dans lesquelles s’insèrent les technologies et médias numériques, au centre de l’analyse. Plus précisément, cette posture invite à appréhender les transformations de fond associées à l’essor du numérique en déplaçant l’attention des dispositifs eux-mêmes sur les différents contextes d’activité sociale que ces dispositifs contribuent à transformer voire à faire émerger.

La notion de pratique connaît par ailleurs depuis plusieurs années un regain d’intérêt en sciences sociales, et notamment dans le domaine des études sur la communication et les médias, au point que l’on peut y déceler l’émergence d’un « tournant de la pratique ». Ce dernier s’incarne dans plusieurs développements récents des théories de la pratique (Cetina et al 2005; Couldry 2004; Hui et al 2016; Reckwitz 2002; Schatzki 2016). En outre, l’étude des pratiques sociales comme unité d’analyse pour saisir les enjeux de la numérisation de la société a fait l’objet d’appels récurrents de la part des chercheurs et chercheuses du domaine, notamment au sein du courant de la sociologie des usages. En en faisant le thème du présent colloque, le LabCMO entend répondre à cet appel en réunissant les chercheurs et chercheuses francophones intéressés par la question, et contribuer ainsi aux réflexions et débats contemporains sur les enjeux théoriques et méthodologiques de l’étude du numérique au prisme du concept de pratique.

Les discussions seront structurées autour de trois axes :

Axe 1 : Approches théoriques et conceptualisations de la pratique. Les contributions s’intéresseront aux fondements théoriques du concept de pratique dans l’étude des mutations sociales en lien avec le numérique. Elles pourront prendre la forme de travaux généalogiques sur le concept de pratique, ses différentes déclinaisons et leur opérationnalisation pour aborder l’incidence du numérique dans divers contextes.

Axe 2 : Enjeux méthodologiques de l’étude des pratiques en contexte numérique. Les contributions se concentreront sur les méthodes à mettre en œuvre pour saisir les pratiques sociales en relation avec les dispositifs numériques, en abordant les défis, écueils, ainsi que les opportunités d’innovations méthodologiques pour la conduite de recherches en terrains numériques.

Axe 3 : Études empiriques mobilisant le concept de pratique. Les contributions rendront compte de travaux portant sur des pratiques sociales impliquant des dispositifs numériques dans différents contextes d’activité. Elles jetteront un éclairage sur des pratiques émergentes et/ou feront état de reconfigurations de pratiques dans lesquelles s’insèrent les technologies et médias numériques.

Format des propositions

Nous invitons les chercheuses et chercheurs intéressés à soumettre une proposition de communication (en format Word ou PDF) comprenant les éléments suivants :

  • Les noms, affiliations et courriels des auteurs et autrices
  • Le titre de la communication (maximum 180 caractères espaces comprises);
  • L’axe du colloque dans lequel s’inscrit la communication;
  • Un résumé de 500 mots (références non comprises) faisant ressortir l’intérêt de la contribution et comportant un aperçu de la problématique, du cadre théorique et/ou de la méthodologie, du terrain réalisé et des résultats le cas échéant);
  • Une liste des références citées;
  • Le mode de présentation choisi : en ligne ou en présentiel à Montréal.

Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 22 février à l’adresse suivante : colloque@labcmo.ca

Dates clés

  • Date limite de soumission des propositions :15 février 22 février 2022
  • Annonce des propositions retenues : 01 mars 2022
  • Dates du colloque : 9 et 10 mai 2022

Lieu et format du colloque

Le colloque se tiendra en format hybride, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et en ligne, via Zoom. L’inscription en sera entièrement gratuite, quel que soit le mode de participation choisi.

Comité scientifique et d’organisation

Guillaume Latzko-Toth, Département d’information et de communication, Université Laval

Florence Millerand, Département de communication sociale et publique, UQAM

Madeleine Pastinelli, Département de sociologie, Université Laval

Alexandre Coutant, Département de communication sociale et publique, UQAM

Claudine Bonneau, Dép. d’analytique, opérations et technologies de l’information, ESG-UQAM

Mélanie Millette, Département de communication sociale et publique, UQAM

Assistants :

Augustin Kasita, Université Laval

Wail M’taoui, Université Laval

Contact et renseignements

colloque@labcmo.ca

https://labcmo.ca/s/3552

Références

Cetina, K. K., Schatzki, T. R. et Von Savigny, E. (dir.). (2005). The practice turn in contemporary theory. Routledge.

Couldry, N. (2004). Theorising media as practice. Social Semiotics, 14(2), 115–132.

Hui, A., Schatzki, T. et Shove, E. (dir.). (2016). The nexus of practices: Connections, constellations, practitioners. London, New York: Routledge.

Reckwitz, A. (2002). Toward a theory of social practices: A development in culturalist theorizing. European journal of social theory, 5(2), 243-263.

Schatzki, T. R. (2016). Practice theory as a flat ontology. In G. Spaargaren, D. Weenink,  M. Lamers (dir.), Practice theory and research: Exploring the dynamics of social life (p. 28–42). London, New York: Routledge.

Enquête sur les usages des Mégadonnées, de l’intelligence artificielle et des algorithmes dans la communication organisationnelle

Vous travaillez dans la communication ou le marketing ? Contribuez à l’avancée des connaissances à propos de la numérisation de vos activités professionnelles.

Dina El Didi réalise son mémoire de maîtrise sur le thème des « Usage et non-usage des mégadonnées et de l’Intelligence Artificielle dans la communication organisationnelle » à l’Université d’Ottawa.

Vous pouvez l’aider en répondant au questionnaire suivant : https://fr.surveymonkey.ca/r/55G2MPP

Merci d’avance !

Mise en ligne du numéro thématique de la revue Communication (vol. 33/2) sur « Les publics imaginés et réels des professionnels d’internet »

Nous sommes heureux d’annoncer la mise en ligne du numéro thématique (volume 33/2) de la revue Communication, portant sur « Les publics imaginés et réels des professionnels d’internet ». Il est disponible en libre accès à l’adresse suivante : https://communication.revues.org/5692

Ce numéro est constitué d’1 présentation, de 15 articles, d’1 article hors thème, de 11 notes de recherche et de 43 notes de lecture.
Dans une cohérence d’ensemble, les quinze textes abordent des sujets intéressant directement les thématiques du RESIPROC :

  • La conversion de l’usager de Facebook en prescripteur pour ses pairs
  • Les publics en ligne imaginés par les professionnels de la politique
  • La perception des joueurs par les concepteurs de jeux vidéo
  • La mobilisation de la figure du blogueur dans une émission télévisée
  • Les imaginaires de la science 2.0 et la figure du chercheur qu’elle sous-tend
  • Le fake comme démarche d’inscription de l’internaute au sein du dispositif sociotechnique
  • La construction de l’opinion en ligne à travers le marketing délibératif
  • La relation d’autorité des journalistes envers leurs abonnés sur Twitter
  • La récupération des contributions d’internautes créatifs à travers des plateformes co-créatives
  • La construction d’une figure du spectateur-actant dans la conception d’un documentaire interactif
  • Les traces de préfiguration d’un lecteur dans la presse en ligne
  • L’héritage de la télématique dans les représentations de l’usager
  • Les figures du public mises de l’avant par les professionnels de l’e-réputation auprès des organisations
  • La mise au travail des clients à travers la notion de communauté de marque dans le secteur de la téléphonie mobile
  • Le passage de la figure du public à la figure du consommateur dans l’industrie des médias

Nous espérons que vous trouverez autant d’intérêt à leur lecture que nous avons éprouvé de plaisir à coordonner ce numéro.
Au plaisir d’échanger à cette occasion.
Pour les coordinateurs : Henri Assogba (Université Laval), Alexandre Coutant (Université du Québec à Montréal), Jean-Claude Domenget (Université de Franche-Comté) et Guillaume Latzko-Toth (Université Laval)

Mesurer les actions de communication. Les conséquences ambivalentes de la mesurabilité d’Internet

Les outils de mesure sur internet réactivent une problématique déjà bien connue des communicateurs. Sommés de faire la preuve de l’efficacité de leurs actions, ces derniers ne peuvent en effet pour autant s’appuyer sur des résultats tangibles et indiscutables. Ainsi retrouve-t-on, par exemple, dans de nombreux manuels de communication, la célèbre formule attribuée à John Wanamaker et illustratrice de la position des annonceurs : « je sais qu’un dollar de publicité sur deux ne sert à rien, mais je ne sais pas quel est ce dollar ».

Cette tension initiale rendant complexes les rapports entre les communicateurs et leurs clients est certainement pour beaucoup dans la propension des premiers à s’exprimer sur le rôle de « la comm’ » : en l’absence de preuves irréfutables de son importance, il devient nécessaire de construire un discours d’accompagnement justifiant celle-ci (plus de détails dans cet article). Cependant, ce discours repose traditionnellement sur une opposition à la volonté de mesure systématique appliquée aux actions de communication. Les praticiens soulignent alors la complexité des retombées que celles-ci peuvent avoir, touchant beaucoup à des questions de représentations qui ne se laissent pas toujours synthétiser par un nombre de vues ou un impact directement repérables dans les ventes.

BernbachLe développement de la communication sur Internet a permis de simplifier plusieurs de ces points de tension, notamment dans la communication « push » classique. La traçabilité permise par ce support a rendu possible de fournir des chiffres précis sur le nombre de vues, de clics et de transformations provoqués par chaque campagne. Un langage commun fondé sur la mesure s’est donc institué entre annonceurs et communicateurs sans que ceux-ci ne s’en plaignent. Un grand pan de la publicité sur Internet, plutôt ciblé en fonction de mots-clés ou de thèmes précis abordés sur les sites fréquentés, partage effectivement avec le marketing direct ou la publicité sur le lieu de vente un objectif de ventes qui justifie le recours à des mesures d’efficacité en lien direct avec celles-ci1.

On remarquera même que cette mesurabilité est régulièrement devenue un argument de communication pour les acteurs de l’économie d’Internet (Rebillard, 2007). Face au désenchantement provoqué par l’effondrement de la bulle des années 2000, les discours d’accompagnement du tournant « participatif » d’Internet ont en effet fait force appel au caractère phénoménal des chiffres (Bouquillion, Matthews, 2010). C’est ainsi que des taux de croissance en terme de comptes créés de plus de 100 % par an ou des volumes de contenus partagés dépassant allégrement le million par minute ont été mis en avant pour témoigner de la nécessité pour les organisations d’investir ces nouveaux espaces communicationnels, cette seule dimension volumétrique court-circuitant la réflexion sur la valorisation de cette participation ou de cette audience.

Néanmoins, on peut se demander si cet apparent terrain d’entente entre communicateurs et annonceurs ne constitue pas une victoire à la Pyrrhus pour les premiers. Les mesures permises par Internet focalisent effectivement sur la visibilité d’un contenu ou le lien avec une action de l’internaute : afficher un contenu dans la zone visible de la page, cliquer sur une publicité, effectuer un achat, etc. Au fur et à mesure qu’Internet se voit affecter un plus grand rôle dans les stratégies de communication des entreprises, les objectifs de communication peuvent pourtant se révéler plus larges. Aux questions de notoriété et de ventes s’ajoutent des questions d’attitudes envers les entreprises et leurs produits ou de branding qui redeviennent difficiles à mesurer. Cependant, justifier de ce flou lorsqu’il s’agit d’évaluer les évolutions des représentations envers une marque ou du rôle d’un vecteur précis dans une démarche globale de communication s’avèrent d’autant plus délicat que les annonceurs ont été habitués à se voir présenter des chiffres permettant d’envisager le retour sur investissement de chaque action.

On court alors un double risque. Le premier consiste à voir la communication de plus en plus soumise à une logique d’évaluation relevant de l’unique promotion des ventes. Le second réside dans l’imposition d’évaluations support par support à des stratégies 360 censées jouer sur la complémentarité des relations permises par chacun de ces supports, et où, en toute logique gestionnaire, ceux permettant un lien avec les ventes risquent d’être préférés.

C’est ainsi qu’il devient difficile de justifier un lien qualitatif noué par une marque avec une audience sur des médias socionumériques si celui-ci ne débouche pas sur des ventes, alors que le contexte ne s’y prête pourtant pas. C’est ainsi aussi que la fonction des community managers, consistant en grande partie à éviter des crises ou à repérer des signaux faibles, peine à être reconnue puisqu’il est peu probable de pouvoir rendre compte de tout ce qui n’a pas eu lieu grâce aux actions mises en place. Les conséquences en matière d’affectation de budget ou de pérennité des postes sont patentes.

L’International Advertising Bureau (IAB), dont l’une des fonctions consiste à proposer des standards d’évaluation des actions de communication, a proposé plusieurs livres blancs à propos d’Internet qui sont disponibles sur son site. Ils ont le grand intérêt de distinguer des espaces au sein de ce support et de suggérer des indicateurs de performance différent selon les contextes. Ainsi, les médias socionumériques se voient associer des métriques plus en lien avec la viralité et les interactions provoquées. Il s’agit d’un premier pas permettant de lutter contre la réduction de la communication à la promotion des ventes. Cependant, ces mesures reposent encore sur les actions des internautes, seul élément mesurable. Or, celles-ci ne rendent pas compte de tout : la plupart des internautes ne manifesteront pas qu’ils ont vu ou apprécié un contenu par l’intermédiaire d’une action mesurable. De même, la complexité d’une attitude envers une marque et de son évolution ne se traduisent pas nécessairement ou ne sont pas fidèlement retranscrites dans une action. Enfin, la plupart de nos actions demeurent équivoques. Il convient donc pour les communicateurs de continuer à lutter pour faire reconnaître la non mesurabilité d’une partie de leur action et d’argumenter en faveur de la prise en compte de la globalité d’une stratégie. Il en va de la reconnaissance de la fonction communication dans sa spécificité ou de sa soumission aux contraintes d’autres logiques, notamment commerciales ou marketing.

Il est toujours aussi difficile de savoir quel dollar ne sert à rien…

1 Même si les critères permettant ces mesures peuvent être discutés.