AAC – Colloque annuel du RESIPROC. Prospectives de la professionnalisation de la communication : transmission, transfert et transformation

Colloque international RESIPROC ACFAS 2020

Professionnalisation de la communication : transmissions, transferts, transformations

7 et 8 mai 2020 – Université de Sherbrooke (Canada) ANNULÉ

Il y a 10 ans, nous avons créé le réseau international sur la professionnalisation des communicateurs (Résiproc). C’était à Montréal et ce réseau a permis de fédérer des chercheurs d’horizons différents (Québec, France, Belgique) autour d’une thématique commune : le développement de la communication en milieu professionnel (privé ou public), l’évolution de métiers spécifiques, l’invention de parcours de formation, la création de trajectoires professionnelles. D’évidence, cette thématique intéresse tant les acteurs du monde académique que les acteurs du monde professionnel. D’emblée, nous avons donc souhaité intégrer à notre démarche les praticiens de la communication, quels qu’ils soient. L’année d’après, le premier colloque (2011) a été organisé dans ce sens. C’était déjà dans le cadre de l’Acfas, c’était déjà à l’Université de Sherbrooke et il s’agissait de s’intéresser aux perspectives de développement des pratiques en communication.

10 ans après, il est temps tout à la fois de se tourner sur le passé – rétrospective –, de le relier au contexte présent pour étudier les mouvements de la communication – transmissions – et ses déplacements – transferts – et de s’en servir pour relever les formes nouvelles – transformations – annonciatrices (ou pas) des évolutions prochaines de la communication – prospective.

Ainsi, en tant qu’enseignants-chercheurs, nous transmettons à nos étudiants des savoirs en communication. Mais la logique de professionnalisation à l’œuvre dans les formations universitaires tend à transformer ces savoirs en compétences opérationnelles, suivant en cela les référentiels Métiers du monde professionnel. D’un monde à l’autre, c’est donc d’un transfert dont il s’agit au cours duquel des savoirs (théoriques) sont transformés en savoir-faire (opérationnels). Mais un processus réciproque existe. Les praticiens en communication ou communicateurs sont aussi des « savants ordinaires », selon la formule de Jacques Girin[1], qui mobilisent des savoirs implicites adaptés à leur contexte professionnel et, pour certains, développent une démarche réflexive sur ces savoirs et leur pratique. Il est alors intéressant et nécessaire de transférer ces savoirs ordinaires dans nos formations. Leur transmission, sous la forme de cas pratiques à analyser, risque fort de transformer en retour la connaissance sur la communication, comme objet de recherche.

Autour de cette rhétorique transformationnelle de la communication, c’est la praxis qui est interrogée, celle des praticiens comme des chercheurs, que l’on peut lire de façon réciproque comme des praticiens ordinaires. Continuant un sillon déjà creusé au sein de Résiproc[2], nous voulons donc prolonger notre réflexion sur la professionnalisation de la communication pour en étudier les soubresauts ou les tressaillements. Pour cela, nous avons identifié quatre axes que nous livrons à votre sagacité.

Axe 1 : Former à la communication

« Penser la professionnalisation »[3] en communication ne peut se faire sans s’intéresser aux formations existantes, et de ce point de vue, force est de constater que le paysage est contrasté.

D’un côté, des formations longues délivrées en milieu universitaire ou non, à des étudiants, dans le cadre de la formation initiale. Les nombreuses formations non universitaires se sont multipliées et se placent à présent directement en concurrence des formations universitaires. L’extension de leur domaine d’intervention témoigne d’une concurrence nouvelle, notamment entre leurs modèles pédagogiques. En effet, tout à leur logique de marché, elles privilégient la présentation des outils, des méthodes, des techniques de communication – le savoir-faire – et mettent souvent à distance les savoirs théoriques plus complexes mais pourtant nécessaires, pour ne pas dire utiles. Mais les formations universitaires évoluent elles-aussi, répondant à une logique de professionnalisation prônée par les tutelles institutionnelles, et qui tend à renforcer l’adaptation des formations aux référentiels Métier du monde professionnel. À cette occasion, les connaissances sont traduites en compétences.

De l’autre côté, des formations courtes délivrées par des entreprises à des salariés, dans le cadre de la formation professionnelle continue. La grande majorité prend la forme de stages très courts (d’un à trois jours), donc non diplômants, et est structurée autour d’une promesse d’efficacité qui s’apparente à un gain de professionnalisme. La plupart du temps, il y est bien peu question de savoirs théoriques au sens universitaire. Il s’agit moins d’une « quête de compréhension » de la complexité des phénomènes de communication que d’une « quête de certitude »[4] ; il s’agit moins de comprendre pour ensuite pouvoir agir, que de pouvoir prévoir, maîtriser, contrôler ou faire adhérer, suivant en cela une approche positiviste.

Des unes ou autres, que nous indiquent ces transformations de la formation à la communication ? D’un pays à l’autre, leur professionnalisation est-elle une évidence ? Si elle se développe, quelles formes prend cette professionnalisation des formations ? La généralisation des études de cas dans les cursus pédagogiques doit-il être seulement perçue comme un transfert de pratiques professionnelles dans le monde académique ? Quels dispositifs innovants sont à l’œuvre dans les ingénieries de formation, faisant évoluer les processus de transmissions de connaissances ? Bref, comment former à la communication ?

Axe 2 : Développer des compétences en communication

Les compétences professionnelles en communication traversent les services d’une organisation qu’elle soit publique, associative ou privée. Le référentiel de l’OPIIEC, l’Observatoire des métiers du Numérique, de l’Ingénierie, des Etudes et du Conseil et de l’Evénement[5] identifient de son côté 12 compétences transverses aux métiers de la branche dont 5 compétences communicationnelles : communication écrite et orale, analyse et synthèse, conviction et influence, leadership et esprit d’entreprise, sens relationnel, travail et animation d’équipe[6].

Les experts en communication, ceux qui possèdent des compétences communicationnelles spécifiques aux métiers de la communication mobilisent des ressources diversifiées tant internes (connaissances, capacités, habiletés) qu’externes (documents, outils, personnes) pour agir dans des situations complexes de communication. Les compétences s’exercent dans des situations contextualisées mais diversifiées qui impliquent un processus d’adaptation.

Les compétences communicationnelles, qu’elles soient centrales ou transversales ont-elles évolué depuis 10 ans ?  Comment les compétences sont-elles prises en compte dans les formations ? Y a-t-il une évolution dans les outils d’évaluation des compétences? Les référentiels sont-ils un modèle obsolète dans un contexte mouvant ? Quelles transformations en termes de compétences sont observables dans le secteur de la communication ? Est-il pertinent d’aborder la professionnalisation par un axe compétence ? Est-il nécessaire pour un communicateur de savoir formaliser ces compétences pour son employabilité ?

Ces questions, non exhaustives, illustrent la diversité des perspectives abordées dans cet axe compétence. L’idée est d’aborder la compétence avec une vision temporelle, qu’elle soit rétrospective, transformative ou prospective.

Axe 3 : Dialoguer entre acteurs de la communication

À son époque, Axel Gryspeerdt[7] remarquait que la figure du « fossé » était ce qui caractérisait le mieux les relations entre les deux « milieux » de la communication, comme pratique professionnelle et comme pratique de recherche. Il regrettait alors que les rencontres entre praticiens et chercheurs soient aussi peu développées et que les espaces d’échanges existants – les associations professionnelles ou les réseaux de praticiens pour les uns, les colloques ou les sociétés savantes pour les seconds – restent majoritairement endogames. De fait, constatait-il alors, les positions sont plus séparées que rapprochées : les professionnels posant « un regard plutôt désabusé vis-à-vis de la recherche scientifique », les chercheurs étant « troublés face à l’utilisation managériale de la communication », chacun construisant son monologue professionnel sans envisager de dialogue sur la communication.

Parmi d’autres, la création du Résiproc a certes fait contrepoids à ce regret. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Le constat est-il toujours valable ou bien la tendance commence-t-elle à  s’inverser? Peut-on dire qu’il existe un rapprochement réciproque des acteurs professionnels et universitaires ? Quelles formes originales prennent alors ces rencontres ? Et dans quelle mesure ce contrepoids a-t-il pu dépasser le stade du contrepoint ? Écoute polie de part et d’autre, chacun restant en parallèle dans sa sphère professionnelle, ou dialogue fécond osant la rencontre, la compréhension de la logique de l’autre ? Ces espaces de discussion ont-ils donné lieu à des transferts d’un monde à l’autre, voire à des transformations (de pratiques professionnelles ou pédagogiques) ? Bref, dans quelle mesure le développement du dialogue entre praticiens et chercheurs fait-il évoluer le travail respectif de chacun, voire le contenu des formations en communication ?

Axe 4 : Repenser la communication à l’aune du développement des dispositifs numériques

Les médias sociaux, les réseaux sociaux d’entreprise (RSE), les systèmes de gestion de contenus (CMS), etc.  font souvent partie aujourd’hui de l’environnement des employés et des communicateurs, certains individus jouant un rôle essentiel au sein de ces dispositifs. En effet ces dispositifs numériques sont des espaces d’activité distribuée où les communicateurs ont un rôle à jouer. Si cet aspect est fort intéressant, n’oublions pas qu’un communicateur peut aussi combiner plusieurs d’entre eux pour réaliser son travail. C’est aussi la manière dont les communicateurs composent avec ces dispositifs (ils s’en approprient certains, jouent ou  résistent à d’autres, certains étant devenus incontournables dans un contexte de travail collectif distribué) qui nous interrogent.

Comment dans un contexte de transition numérique et de changement dans les organisations, les communicateurs parviennent-ils  à composer avec les dispositifs numériques existants ou innovants ? Les dispositifs numériques sont-ils un terrain pertinent d’exploration des métiers émergents dans le secteur de la communication ? Ces dispositifs nécessitent-ils des compétences communicationnelles nouvelles ? Le règlement général sur la protection des données en Europe (RGPD) modifie les pratiques organisationnelles liées aux données personnelles. Modifie-t’il les pratiques communicationnelles ?

Comme pour les autres axes, ces questions sont indicatives et n’ont pour seul objectif que de susciter la réflexion.

Communications attendues et procédure de soumission

Les propositions de communications attendues doivent se présenter soit comme des analyses réflexives fondées sur des recherches empiriques récentes et achevées, soit comme des analyses de pratiques professionnelles en communication (témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action). Dans l’un comme dans l’autre cas, les communications doivent être informatives, analytiques et réflexives, et s’inscrire dans l’un des quatre axes proposés.

Les propositions doivent parvenir avant le 20 février 2020 par voie électronique et en format Word (.docx) aux trois organisateurs : Vincent Brulois (brulois@univ-paris13.fr), Marc D. David (marc.d.david@usherbrooke.ca) et Valérie Larroche (valerie.larroche@enssib.fr). Outre le texte de proposition en lui-même (4000 signes, espaces compris), les documents doivent impérativement préciser, pour chaque auteur, le nom, le statut, l’organisation ainsi que les coordonnées (adresses électronique et postale).

Après examen en double aveugle du comité scientifique, le comité d’organisation retournera son avis aux auteurs le 10 mars 2020 au plus tard.

Le colloque se tiendra les 7 et 8 mai 2020 à l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada). Il comportera des plénières, des tables rondes et des présentations de professionnels des communications.

Comité scientifique

  • Dany Baillargeon, Université de Sherbrooke
  • Dominique Bessières, Université Rennes 2 – PREFICS
  • Vincent Brulois, Université Sorbonne Paris Nord – LabSIC
  • Marie-Eve Carignan, Université de Sherbrooke
  • Alexandre Coutant, Université du Québec à Montréal
  • Patrice de la Broise, Université Lille 3 Charles de Gaulle – GERiiCO
  • Marc D. David, Université de Sherbrooke
  • Jean-Claude Domenget, Université de Franche-Comté, Elliadd
  • Olivia Foli, CELSA (Université Paris-Sorbonne) – GRIPIC
  • François Lambotte, Université Catholique de Louvain – LASCO
  • Valérie Larroche, Enssib, Elico
  • Valérie Lépine, Université Paul Valéry Montpellier 3
  • Laurent Morillon, Université des Antilles – LC2S
  • Bernard Motulsky, Université du Québec à Montréal
  • Sandrine Roginsky, Université Catholique de Louvain – LASCO
  • Julien Tassel, CELSA (Université Paris-Sorbonne) – GRIPIC

Comité organisateur

  • Vincent Brulois, Université Sorbonne Paris Nord – LabSIC
  • Marc D. David, Université de Sherbrooke
  • Valérie Larroche, Enssib

Présentation du Réseau international sur la professionnalisation des communicateurs (Résiproc)

Le Résiproc a pour objectif d’associer des professionnels de la communication, qu’ils viennent du monde de l’entreprise ou de l’enseignement et de la recherche, dans un projet d’étude de la professionnalisation aux métiers et fonctions de la communication. Sa constitution (2010) est du à une idée commune portée par des chercheurs belges (Louvain), canadiens (Sherbrooke) et français (Grenoble 2, Lille 3 et Paris 13). Ce réseau a établi un programme de travail, présentant ses analyses en colloques universitaires internationaux ou lors de rencontres professionnelles avec des praticiens et développant un projet éditorial (la revue Communication et professionnalisation, ex-Cahiers du Résiproc).

D’un colloque à l’autre, une filiation s’opère qui trace un chemin que nous espérons lisible et visible pour le réseau. Lors du premier colloque (2011 à Sherbrooke), le constat de l’émergence de nouveaux champs de pratiques en communication nous avait conduits à centrer notre questionnement sur l’organisation de ces champs. D’année en année, le sillon a été creusé, développant des thématiques liées : le positionnement et les discours des associations professionnelles en communication, les compétences nécessaires à l’exercice des métiers de la communication, les dispositifs d’apprentissage, les métiers du numérique, le processus de professionnalisation de la communication, l’éthique en communication, la profession de communicateur, les liens croisés entre pratique et recherche en communication, la question du genre dans l’exercice professionnel de la communication.

La dynamique enclenchée a pour objectif de créer des ponts entre les mondes de l’université et de l’entreprise, de générer une conversation constructive entre professionnels des différents processus menant à la professionnalisation. À travers ce prisme, il s’agit tout à la fois de clarifier les métiers de la communication, les organisations représentatives, les formations, que de s’intéresser aux individus (profil, trajectoire professionnelle, vision, attentes). Il s’agit autant de s’interroger sur les normes en communication (qu’est-ce qu’une communication réussie et sur quels critères se construit son évaluation ?) que de percevoir la façon dont les formes sont bousculées sous la poussée de constantes innovations techniques. Il s’agit de constituer un corpus de savoirs, mais aussi d’identifier les savoir-faire et savoir-être et de comprendre leurs évolutions à l’aune des transformations de l’entreprise.

Ce qui nous porte, c’est la conviction que nos connaissances sur les acteurs spécialisés, les métiers, les processus de professionnalisation et d’institutionnalisation des fonctions ainsi que l’interrogation réflexive quant à nos pratiques d’ingénierie pédagogique doivent s’actualiser dans une démarche collective, internationale et réciproque.


[1].. Girin J., 1990, « L’analyse empirique des situations de gestion » dans Martinet et alii, Épistémologies et sciences de gestion, Paris : Économica, pp.185-196.

[2].. Notamment dans le n°1 des Cahiers du Résiproc (Baillargeon D. & David M.D., 2013, « La professionnalisation des communicateurs : dynamiques, tensions, vecteurs ») et le n°4 de Communication et professionnalisation (Brulois V. & alii, 2016, « Dynamiques de professionnalisation en communication : entre ruptures et continuités, prescription et émancipation »).

[3].. Lépine V., 2016, « Penser la professionnalisation comme une mise en mouvement : les communicateurs », Revue française des sciences de l’information et de la communication, n°9.

[4].. Seurrat A., 2018, « Formations courtes : l’efficacité en question », Les Cahiers de la communication interne, n°43, décembre, pp.26-29.

[5].. https://referentiels-metiers.opiiec.fr/page/8-qui-sommes-nous.

[6].. https://referentiels-metiers.opiiec.fr/page/10-referentiel-de-competences.

[7].. Gryspeerdt A., 2004, « Relations publiques et recherche en communication », revue Hermès, n°38, Paris : CNRS éditions, pp.148-154.

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